5 QUESTIONS : FRED ET OMAR

Nous sommes en l’an 2000. Je bricole un magazine avec mon pote David : 2D magazine. Omar et Fred cassent la baraque sur Canal la semaine et  le week-end, ils viennent s’habiller chez Starcow, qui nous arrange un rencard. D’après une source sûre, ils sont champions de trottinette…

feo2000

« NOTRE DEVISE C’EST AMOUR GLOIRE ET BEAUTÉ »

Comment devient-on champion de trottinette ?
Fred Testot : En fait, ce qu’il s’est passé, c’est que…
Omar Sy : On est champions du monde, et alors ? Ça fait quoi ? Vous êtes jaloux ? On est champions, c’est tout ! Pourquoi poser des questions ? Vous croyez qu’on a triché ? On n’a pas triché, on est des champions, c’est tout.
Fred : Moi je faisais l’élection de Miss Reine des Jonquilles à Bordeaux, à l’époque je faisais toutes les élections de patelins. J’ai réussi à gagner celle de Bordeaux donc j’étais Miss Bourgogne lorsque j’ai rencontré Omar qui lui-même était la Marquise des Anges, à l’époque (il tournait les feuilletons « la Marquise des Anges ») tout en étant une vraie marquise des Anges. Son nom de scène, c’est Derek.
Omar : Derek dit la Marquise des Anges.
Fred : Moi je m’appelle Fred dit Rochefort les Pins, c’est mon nom d’artiste-trottinette, on appelle ça aussi « trotti-artiste », « trotti-sportif ». Et en fait, lui il tenait un stand de pain grillé sur l’élection de Miss Jonquille ce qui faisait qu’on se croisait tout le temps. On flirtait, on se regardait comme ci comme ça, et à un moment j’ai vu comme une étincelle dans son regard avide. A partir de là on a discuté, on est restés des heures dans son bureau de PDG du pain grillé (une grosse entreprise en France)… Et puis il a tout lâché, tout abandonné parce qu’on a un pote Chinois à Marseille qui bosse avec le FBI. En fait c’est un pote chinois du FBI qui nous a apporté cet appareil qui s’appelle la trottine-street, street-trottin’ en anglais et en espagnol trottinata-streeta. Il nous a dit qu’on pouvait se faire encore plus d’argent qu’en étant PDG du pain ou Miss Bourgogne, Miss Reine des Jonquilles. Comme nous c’était l’argent avant tout, on s’est lancés.

Qu’est-ce qui a influencé votre style, que l’on qualifie parfois d’agressif ?
Omar : C’est notre nature, c’est notre style. On retranscrit ce qu’on est dans la vie dans nos figures, tu vois ?
Fred : Notre devise, c’est Amour, Gloire et Beauté.
Omar : Comme on n’a pas d’autre moyen d’expression, on s’exprime à travers cet appareil, c’est une sorte d’appareil de transmission de pensées…
Fred : Un appareil de transmission de pensées sur route.
Omar : Par exemple, je suis dans la rue, un mec me bouscule, maintenant y’a plus de violence en moi, j’ai plus besoin de crier après lui : je vais faire une figure. Après ça je me sens beaucoup mieux, je m’extériorise à travers la trottinette.
Fred : Pas de haine, pas de violence !

Que vous a apporté votre nouveau statut de star ?
Fred : C’est vrai que grâce à ça on a pu faire de la pub, notamment celle pour les tickets RATP, aussi pour le miel mais là on a été payés en pots de miel. Ça n’a rien à voir avec la trottinette mais c’est ce que notre agent a trouvé. Ça nous a propulsés un peu dans le monde du miel, maintenant on fait les conventions de « Miel et groseilles » à Aix-en-Provence, on a fait la convention « Miel et les abeilles » à Tourcoing… On a mis le euf lors d’une soirée à Dunkerque, on a appris le verlan, on est comme des… des…
Omar : des adeptes.
Fred : des adeptes de ça.
Comment voyez-vous l’avenir de la trottinette ?
Fred : Moi je vois l’avenir de la trottinette lié au Minitel. On a investi tout notre argent dans le Minitel, c’est vraiment l’avenir. On veut créer un site de Minitel-Trottinette.
Omar : 36-15-Minitel-trottinette.fr.
Fred : Par le biais du Wap et du Be-Bop afin de rendre la vie meilleure à tout un chacun.

Et vis-à-vis des filles ?
Fred : C’est vrai qu’on rentre en boîte plus facilement grâce à la trottinette.
Omar : Ça ouvre des portes.
Fred : Et des couloirs, aussi. On a un statut spécial, c’est vrai, on dort avec, on mange avec, d’ailleurs on essaye de développer cet instrument comme homme à tout faire : comme une fourchette, à la place d’une voiture… Grâce au Minitel on a créé une trottinette qui fait le linge. Tu peux laver tes affaires à 35 ou 40 degrés dans la trottinette. On est en train de construire le pays de la trottinette, aussi.
Omar : Un pays dans lequel les gens seront des trottinettes, le Président sera une trottinette, les bâtiments en trottinette, les restaurants en trottinette.
Fred : Pour tout ça il faut que les gens envoient des chèques pour qu’on puisse continuer. On a rempli la mer et ça fait comme une vraie île, mais en fer. On vit sur de la trottinette, c’est comme une casse géante. Les gens ne vivent que par ça. L’argent les rend étranges mais ça, ça les rend meilleurs.

Rien n’a voir mais c’est cadeau !

Le mot de la fin ?
Omar : On voudrait remercier la trottinette avant tout, et le conseil que je donne à tous ceux qui veulent se lancer dans la trottinette c’est de ne pas faire de chichi, d’y aller franchement, de tout sacrifier. On ne fait pas une omelette sans casser des œufs. Faut plus parler à ses parents, faut lâcher les cours, faire que de la trottinette 24 heures sur 24.
Fred : Sept jours sur sept !
Omar : Faut fuguer ! Surtout bien fuguer de chez ses parents !
Fred : Quitte à y revenir plus tard.
Omar : Mais pas avant d’être champion ! Parce que si tu reviens sans être champion, c’est que t’as pas de face.
Fred : Trottinette qui roule n’amasse pas mousse ! C’est pas donné à tout le monde non plus, faut s’entraîner en permanence. C’est-à-dire tout le temps pour les adultes et en permanence pour les jeunes quand ils n’ont pas cours, entre 14 et 20 heures quand le prof est absent.
Omar : N’est pas trottinette qui veut !

Entretien réalisé à Neuilly-sur-Seine en octobre 2000, publié dans 2D Magazine #4 et A Propos #20.

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