5 QUESTIONS : JORIS BRICHET

La vert’, ça me fascine depuis toujours, d’autant plus que je n’ai jamais osé en faire. En bon « streeter », le prétexte c’était d’avoir la flemme de mettre des protecs alors qu’en réalité, mes potes et moi, on flippait tous de dropper. Bref, j‘ai rencontré Joris le jour où j’ai fait cette interview, dont une partie figure dans le #10. On a commencé à discuter et sans que j’ai vu le temps passer, presque une heure s’était écoulée…

Joris Brichet frontside stalefishFS stalefish. Photo : Râm Legrand

1_Est-ce que la construction des nombreux bowls en France et en Europe a eu tendance à amener des gens à faire de la vert’ ?
Je pense que ça a donné un petit coup de pouce. Par exemple à Marseille, sans le bowl je pense qu’aucun marseillais ne ferait de la rampe. La rampe au Palais de la Glisse est arrivée après le bowl et avec celle de Bruno Rouland à Aix-en-Provence, ils s’organisent des sessions le vendredi soir… C’est vrai qu’en général ce sont plus de anciens. Le truc c’est que pour que les gens s’y mettent, il faudrait qu’il y a ait un bowl et une rampe au même endroit, or des rampes, il y en a quatre en France…

« ON FAIT PARTIE DES MECS QUI ONT LE PLUS VOYAGÉ GRÂCE AU SKATE »

2_Peut-on dire qu’il y a une scène de rampe en France ?
Il y a une petite scène en terme de nombre de pratiquants, mais c’est une scène qui existe depuis très longtemps. Elle est très implantée dans le temps et n’a pas vraiment été sujet aux phénomènes de mode, avec des mecs qui se sont lassés rapidement. En général, quand tu commences à en faire, tu ne t’arrêtes pas. On n’est pas beaucoup, mais on a fait énormément de déplacements, d’évènements… Je pense qu’on fait partie des mecs qui ont le plus voyagé grâce au skate.

2bis_C’est qui, donc ?
Térence [Bougdour] et Florent [Viard], Jean [Postec], Pierre [Favre] même s’il a un peu lâché, ici à Annecy. Et on revoit tous les autres le plus souvent pour les championnats de France à Nantes. Il n’y a rien à gagner mais c’est pour faire une session tous ensemble en hiver. Ça permet de prendre des nouvelles de mecs comme Sébastien Daurel qui vit à Bordeaux, ou de Bruno [Rouland] qui m’envoie parfois des messages pour venir skater chez lui. Il y a aussi un autre bordelais, Edouard qui s’y met avec Seb [Daurel], à Darwin… C’est un milieu où tout le monde se connaît.

Joris_TerenceBS air over Terence Bougdour. Photo : Râm Legrand

3_Peut-on vivre de la rampe en 2014 en France ou en Europe ?
Ça dépend de ce que tu entends par « vivre ». Si vivre c’est payer ton loyer, ta bouffe et l’essence de ta bagnole, disons que tu peux survivre. Mais si tu veux te projeter un peu dans l’avenir, parce que c’est ça, la vie, tu ne peux pas. Je pense que ce n’est pas uniquement au niveau de la rampe, il y a très peu de mecs qui peuvent se projeter dans l’avenir, même à moyen terme, uniquement avec les sous qu’ils gagnent dans le skate. Sinon, je pense que parmi tous ceux qui ont gagné leur vie dans le skate, Térence est l’un de ceux qui ont le mieux vécu, si l’on additionne les sponsors, les démos, les contests. Si tu fais deux démos à 1000 euros dans le mois, ça va, mais aujourd’hui, c’est compliqué.

3bis_Et toi, est-ce que tu as vécu de ça ?
J’ai survécu. Je payais mon loyer, ma bouffe, mon essence, mais je ne pouvais pas prendre un crédit par exemple. Il n’y a que Térence qui a réussi à faire ça. […] Mais tout ne dépend pas seulement de la discipline, du niveau, de la notoriété du mec. Il y a des choses que l’on ne contrôle pas comme le marché, les crises…

« JE NE FAIS PLUS RIEN PAR CONTRAINTE »

4_De quoi tu vis aujourd’hui ?
Je suis prof de SVT dans un collège à Oyonnax où je donne aussi des cours de skate. Je bosse 20 heures par semaine, j’ai les vacances scolaires, bon, j’ai des copies à corriger mais j’ai du temps. Pour les cours de skate, je fais de l’initiation et pour ceux qui savent en faire, je vais un peu plus loin. Beaucoup de gamins font du skate ou de la trottinette au collège, c’est assez fou, pourtant il n’y a pas vraiment de scène à Oyonnax, même pas de skateshop. Mais il y a tellement de gamins qui veulent faire les cours que je ne peux même pas tous les prendre. […] Occasionnellement je fais toujours des démos. J’en ai fait 3 cet été, j’ai fait une compète de bowl au Vans Concrete Week-end, une autre à Cap Breton… Mais la différence est que je ne fais plus rien par contrainte, c’est uniquement quand je trouve un évènement sympa que j’y vais. Je suis affranchi de tout, je n’ai plus de sponsor, je peux dire merde à tout le monde ! Je peux dire ou faire des trucs que personne n’aime, je m’en fous, même si j’ai l’air d’un con ! Ah ah ah ! Si je veux faire des frog airs avec Térence alors que tout le monde trouve ça naze, je m’en fous ! On n’est plus dans la performance ou la reconnaissance, aujourd’hui. Cela dit, j’apprends toujours des tricks, je viens par exemple d’apprendre le rodeo.

Joris Brichet mc twistMcTwist. Photo : Râm Legrand

5_Est-ce que le mctwist était une étape indispensable ? Pour nous, les « streeters », le mctwist fait partie des tricks qui te placent dans la caste de « l’élite des ramp-riders ».
Oui. C’est vrai que le jour où je l’ai fait, c’était le plus beau jour de ma vie de skater. Je me souviens l’avoir rentré un dimanche soir. J’avais commencé à poser un pied le vendredi, les deux pieds le samedi et le dimanche je l’ai roulé. Toute la semaine d’après, j’étais comme un fou ! J’en avais tellement rêvé… Mais ce n’est pas tout de suite acquis. Je me suis remis des boîtes, il faut arriver avec pas mal de vitesse pour aller assez haut, il y a des petits réglages à faire et tu te prends forcément des boîtes assez violentes. Mais ça dépend des rampes, de mon état de concentration. Normalement il me faut deux essais pour le rentrer. J’avais rencontré un mec du CNRS qui bossait sur la concentration du coup j’avais décomposé complètement le mouvement. Et en fait, il y a un moment où quand j’ai la tête en bas, je regarde mes pieds et le ciel, et c’est comme si le temps ralentissait à ce moment-là. Ensuite je vois le coping et la courbe, là c’est beaucoup plus bref, et il y aussi la position des pieds… Mais normalement, ce qui détermine vraiment si tu vas le rentrer ou pas, encore plus que ce qu’il se passe pendant la rotation, c’est le backside air avant, et selon l’état d’esprit dans lequel tu es à ce moment-là. Si ton backside air n’est pas parfait, tu n’as pas assez de vitesse et ça ne rentrera pas. Je vais te dire que le premier essai sur chaque nouvelle rampe me fout toujours la trouille !

Entretien réalisé en octobre 2014 à Annecy.

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