5 QUESTIONS : LUCAS PUIG

Lucas a eu trente ans le 31 janvier, se remet tout juste d’une lourde opération du genou et depuis la fin de Cliché a décidé d’entamer une carrière de street-tennisman, en attendant de retrouver quelqu’un pour lui filer des boards. Enfin, à c’qui paraît…

Lucas_LecontePhoto : Sem Rubio

Donc tu as été opéré du genou, c’était à la suite de quoi et comment ça s’est passé ?
Je me suis fait opérer le 2 juin, après m’être blessé en février, aux Etats-Unis, en skatant tout seul, juste ma copine qui me filmait en mode Instagram… C’était pas le genre de circonstance pour se faire super mal, je faisais juste un ollie par-dessus un canapé dans une jolie rue de Venice Beach. Au premier coup, je me suis rendu compte que c’était quand-même un peu chaud alors je suis allé un peu plus vite la seconde fois. Mon pied a bloqué, j’ai réceptionné sur ma jambe gauche, ça a fait un truc bizarre et je me suis tout de suite rendu compte que je m’étais niqué le genou… À partir de là, je suis allé faire les IRM et tout ce qu’il fallait aux États-Unis, et on m’a dit que c’était pas génial et que je ferais mieux de rentrer en France m’occuper de ça. Et en France, on m’a dit que c’était les ligaments croisés… Comme il y avait toutes les premières de Away Days en mai, j’ai dû attendre jusqu’en juin pour me faire opérer. Et ensuite ça a été le processus normal, 7 mois sans skater.

Tu es allé au CERS ?
Oui, celui de Toulouse, avec des rugbymen et des footballeurs…

Comment t’es perçu, en tant que skater pro, au milieu des ‘vrais’ sportifs ?
Déjà, ils ne comprennent pas tout de suite que je suis pro… Les deux premières semaines, ils doutent un peu, et puis la curiosité les amène à aller sur Internet, et puis ils te disent qu’avec 100 000 followers sur Instagram, tu ne dois pas être si mauvais que ça ! Et puis avec les trucs Adidas ils finissent pas admettre… Mais honnêtement, je suis le moins sportif de tous ! Quand tu vas fumer une cigarette ils hallucinent, alors j’essaye de leur expliquer un peu… Mais c’est vrai qu’ils te regardent bizarrement.

Et quand tu leur expliques, tu leur dis quoi ?
Je leur dis que j’ai grandi en me disant que ce n’était pas du sport que j’avais envie de faire mais du skate ! Je leur dis que je suis passionné et que forcément, à force de trainer dans la rue, tu attrapes des mauvais tics : tu essayes un trick, tu te fumes une clope, ça devient une petite routine, tu as l’impression que c’est normal…

Est-ce que tu confirmes les rumeurs qui courent à ton sujet depuis que Cliché s’est arrêté ?
Je pense que tout le monde sait qu’il y a deux trucs qui me tournent autour, mais c’est difficile de me décider parce que j’ai été avec Cliché pendant tellement longtemps que je n’ai pas envie d’aller trop vite. J’essaye de vraiment réfléchir à la meilleure opportunité pour moi et les gens qui sont autour de moi… Je ne me presse pas trop.

  »JE NE VEUX SURTOUT PAS FAIRE UNE CONNERIE »

J’ai surtout entendu la rumeur de Palace, moi, quelle est l’autre, déjà ?
Effectivement, il y a Palace qui m’a fait une proposition mais il y a aussi une marque américaine. J’ai du mal à me décider mais d’ici cet été, j’aurai pris une décision. Mais c’est une chance incroyable d’être dans cette position, je réalise la chance que c’est donc je ne veux surtout pas faire une connerie.

Palace, c’est moins loin.
Oui, ça me correspond et tout le monde sait que je suis pote avec quasiment tout le team. Les vêtements, ça me reflète, on dirait que c’est écrit pour que ça aille dans ce sens-là ! Mais les Américains qui sont venus me parler, c’est pas n’importe qui, les mecs parmi les plus respectables dans le skate…

Que tu connais depuis longtemps…
Oui, donc j’ai énormément de respect pour eux et je n’ai pas envie de les snober. Mais rien n’est décidé.

Throwback par Paco

Tu reskates à 100% ?
Je ne peux pas dire que je suis à 100% mais je me sens bien mieux sur ma board que les premiers Insta que je postais, aujourd’hui ça ressemble plus à une vrai session. Je fais du flat, du curb… Alors qu’avant je ne faisais que des wheelings et des slappies, même pas de flat.

Tu le sens toujours, le genou ?
Là ça va mieux mais au début, il y a l’appréhension, pendant un an je n’ai pas fait certains mouvements donc quand tu envoies un flip avec ta jambe blessée, c’est un peu bizarre, mais ce sont surtout les appuis qui me font peur. Du coup je faisais pas mal d’appuis avec ma jambe droite : switch nose wheeling, slappy switch crook, etc. pour limiter les appuis sur la gauche.

Ca n’aidait pas forcément l’autre à s’y remettre…
Non, mais ça m’aidait à récupérer le feeling de la board.

Tu es passé pro en 2004. Qu’est-ce qui a changé dans le job de skater pro depuis ?
Je pense que le truc principal c’est que j’ai moins à prouver. Donc je pense avoir moins la pression qu’avant où on se disait avec Charles (Collet) qu’on avait réussi mais qu’il fallait se maintenir, aller sur tous les tours, assumer de devoir faire des démos, des signings ou des trucs qu’on n’aime pas toujours faire… On aime bien être avec les kids mais si c’est pour rester derrière une table assis à faire des autographes… Aujourd’hui, je peux me permettre de faire un peu moins de tours, j’ai moins la pression, je fais des petits Insta à la place… Et comme c’est moins de pression, c’est vraiment du pur plaisir. Cela dit, il y a toujours les vidéos qui mettent la pression donc forcément, j’ai pas envie de passer pour un con, tout le monde sait que j’ai fait plein de tours et si on ne voit que deux tricks, on va se dire « mais pourquoi il ne skate pas ? ». Après c’est comme ça que moi je pense, et je me dis qu’il faut jouer le jeu pour tous les gens qui aimeraient être à ma place, parce qu’on a de la chance de pouvoir vivre de ça…

2013

Les réseaux sociaux ont pris un grande importance.
Oui, c’est de la bonne motivation, avant quand tu allais skater il fallait tout donner pour une part’ alors qu’aujourd’hui, on est plus dans cette matrice d’apprendre, de montrer des petits tricks, tu peux filmer avec n’importe quoi, n’importe qui, n’importe quand et mettre ça en ligne tout de suite…

C’est compliqué à gérer, 100 000 followers ?
Non, pas vraiment. J’ai été sur Insta vraiment depuis le début, après un voyage aux États-Unis où Joey Brezinski et les autres m’avaient poussé à m’inscrire. Et puis c’est devenu 100 000 followers et je me dis que c’est pas mal, pour du skate !

C’est quand-même un gros changement, Instagram, dans la vie d’un skater pro.
Oui, et comme à peu près tout le monde utilise Instagram, je me sens parfois un peu obligé de poster parce que c’est un peu mon métier. Quand j’étais blessé, les kids m’envoyaient des messages en me disant que ça leur tardait de me voir poster un truc !

Tu penses que les kids sont plus à fond d’Instagram et que les vidéos classiques vont disparaitre ?
Je ne pense pas parce que quand la vidéo sort, j’ai toujours beaucoup de retours positifs. Avec Instagram, c’est plus au quotidien…

Et ça rapproche les pros des kids.
Oui, et ça pousse le niveau du skate, n’importe quel kid qui a fait un NBD sur son skatepark local peut se faire reposter par Thrasher, tout le monde va le voir, ça ouvre les portes à plus de monde.

Quelle implication tu as dans Hélas, aujourd’hui ?
Aujourd’hui, Stephen (Khou) et Clément (Brunel) ont réussi à faire que ça tourne. C’est une société, il y a plein de trucs à gérer et moi, comme je suis beaucoup en tour et que je n’habite pas à Paris (le bureau Hélas est à Paris depuis 2015 – NDLR) c’est trop difficile à gérer. Par contre, je donne mon avis sur les collections, on se fait des Skype où ils me présentent leurs idées, ou bien c’est moi qui leur soumets un idée, mais c’est sûr que je ne suis pas autant impliqué qu’eux.

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Toujours des mecs cheulou dans le métro. Photo : Sem Rubio

C’est quand-même un premier pas vers la reconversion…
Oui, on a fait Hélas parce qu’on avait l’opportunité de le faire, mais aussi parce qu’on avait envie de rester dans le skate. Je n’ai pas envie d’aller poser du placo plus tard parce que j’aurai cramé toutes mes royalties, comme beaucoup de pros… J’ai vu Malcolm Watson à l’aéroport me prendre mon sac, ça m’a fait bizarre… Donc si je peux rester dans le skate et partager tout ce qu’on a appris, ce sera la meilleure option.

Entretien effectué à Paris, le 5 mai 2017.

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