A PROPOS DE SKATESHOPS – A LA BONNE PLANCHETTE, NANTES

Qu’est-ce qui fait que les vrais skateshops, ceux avec pignon sur rue et un type qui sait qui est Steve Rocco derrière le comptoir, se raréfient ?
Après St-Brieuc, on reste la côte ouest française avec À La Bonne Planchette, la boutique Nantaise (et non pas Tourangelle) où
Maxime Nicolas nous parle de sa place dans la scène locale et l’implication du team dans la promotion du shop.

Portrait_MaximePhoto : FD

« ON EST OBLIGÉ DE FAIRE DES CONCESSIONS À UN MOMENT OU UN AUTRE »

Comment est né le shop ?
Maxime : Au départ on est 3 potes à avoir créé l’enseigne À La Bonne Planchette. Ça a démarré avec Julien Bonnet et Alexis Jamet. Julien a souhaité ouvrir un shop à Tours parce qu’il n’y avait pas vraiment de shop dans le coin et Sam (Partaix) commençait à bien cartonner dans le milieu du skate. Skate Pistols avait fermé et il y avait donc une réelle opportunité d’ouvrir un shop en ville. Alexis et Julien se connaissaient de Tours et ont proposés de m’associer avec eux. On a ouvert la boutique en septembre 2011. C’était vraiment un gros chantier… Quand on a récupéré le local on n’avait même pas d’électricité pour commencer les travaux, du coup on a dû squatter une prise à un voisin ! Ah ah ! Au final on a eu plein de potes qui sont venus nous filer des coups de main, notamment Jo Dezecot et Quentin Desjardins, qui défoncent tout dans les travaux manuels. Une fois que le shop a ouvert Alexis s’est occupé de toute la direction artistique, Julien s’occupait du shop et moi j’étais un peu plus actif pour organiser des contests et faire des évènements en relation avec la boutique.

Mais du coup vous avez ouvert les deux shops en même temps ?
Non. En fait on a ouvert à Tours il y a un peu plus de six ans. Après trois ans le shop tournait pas mal et on s’est servi du petit plus pour ouvrir celui de Nantes. Julien voulait revenir à Nantes, du coup on s’est dit qu’il y avait vraiment un coup à faire. On a commencé à chercher un local et on en a trouvé un du côté du quartier Graslin, là où on est actuellement. L’avantage c’est qu’on n’est pas à côté non-plus de NDJ (NDLR : l’autre skateshop nantais), on assez dispatché et ça évite qu’on ait à se tirer la bourre avec deux shops à 50m l’un de l’autres …

Avec la fermeture récente de Click, est-ce que tu as constaté une différence de fréquentation chez toi ?
En soi, non, je n’irai pas jusqu’à dire qu’il y a eu une réelle conséquence… On a augmenté en terme de matériel, de matos de skate, parce que Click était principalement axé sur le matos. Après faut aussi dire que depuis six mois il y a trois gros skateparks qui sont sortis de terre, du coup c’est assez hallucinant le nombre de nouvelles têtes qui viennent monter leurs premières boards au shop. Il y a encore deux ans tout le monde se connaissait alors que maintenant j’hallucine du nombre de nouveaux que je peux apercevoir quand je bouge dans un skatepark. Il y a eu une grosse explosion au niveau de la scène skate, ça c’est clair.

Il y avait une grosse concurrence entre vous lorsque les deux magasins tournaient en même temps ?
Justement non, parce qu’on se partageait vraiment les marques. Pour être franc, je pense surtout qu’une des raisons pour lesquelles Click a fermé est surtout liée au choix des marques dans le shop. À part Fucking Awesome, Hockey, Quasi, Converse et Nike SB, on n’y trouvait pas grand-chose. J’adore toutes ces marques là mais à un moment quand tu veux faire marcher ton commerce t’as pas le trop le choix que de vendre ce qui se vend : du Thrasher, du Santa Cruz… On met en avant les produits qu’on kiffe mais forcément on est obligé de faire des concessions à un moment ou à un autre.

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C’était ça votre truc pour vous démarquer de la concurrence ?
Maxime : Oui, parce qu’on a quand même une gamme de marques assez importante, mais c’était surtout lié à l’animation autour du shop. On s’est bien bougé depuis 3 ans sur l’évènementiel et on a la chance d’avoir une ville plutôt open à ce niveau-là. Par exemple il y a un petit bar qui doit faire 30 mètres-carrés en plein centre-ville, qui s’appelle « Le bar du coin », et lorsqu’on a ouvert le shop on a construit une rampe dans tout le bar. C’est Jo (Dezecot) qui est venu la construire et on a passé trois jours à retourner le lieu. C’est des petits trucs un peu originaux qui font que ça ramène de la clientèle, ça fait connaître le shop… On a aussi participé à des trucs comme Le Voyage à Nantes, un gros festival d’art contemporain organisé par la ville qui attire énormément de monde. Il y a trois ans on a été sollicité pour faire une construction un peu originale, le Skate-ô-Drome, une sorte de mélange entre un bowl et un vélodrome, et il a fallu réellement proposer un truc plus artistique que le simple skatepark. Via le magasin et les collab’ en lien avec ce Skate-ô-Drome on a pu faire une série de boards dessiné par Alexis, pour au final installer la structure sur le toit de l’école d’architecture de Nantes.

Comment ça se passe au niveau du sponsoring ? Si vous aviez le choix entre un tueur de contest un peu relou et un pote moins bon qui préfère les sessions à la cool, ça serait quoi ?
Franchement, je préférerais un pote qui skate à la cool. On n’est pas vraiment à la recherche de « compét’ boy ». On sponsorise des gars comme Jo pas seulement pour son niveau, mais aussi parce qu’il développe la scène skate en faisant de la photo ou des DIY. Il ne fera pas seulement des contests. Je trouve ça beaucoup plus enrichissant pour le shop et pour les kids d’avoir quelqu’un qui montre « bonne patte », plutôt qu’avoir un espèce de Nyjah Huston qui est horrible avec tout le monde. Je privilégie le style au palmarès, clairement.

Et pourtant vous avez été qualifié au Vans Shop Riot de cette année !
On était sur le cul ! Ah ah ! On a eu un peu de chance dans l’idée vu que le format a changé cette année et qu’on s’est retrouvé tous à Lyon à filmer dans la rue. À mon avis on a gagné grâce à une idée de Jéjé (NDLR : Jeremy Garcia) : un de nos potes faisait le « traducteur de tricks » en bas de l’écran, à la façon des programmes pour les sourds-muets, c’était bien marrant de le voir mimer les figures qu’on faisait dans la vidéo. Ça a apporté un côté original qui a joué je pense. On n’était pas parti pour gagner et on n’y croyait pas du tout ! Ah ah !

Vous êtes partis à Milan pour la finale du coup ?
On devait y aller le week-end dernier, mais ça a été reporté à début décembre…

À ton avis, est-ce que les actu autour des riders influencent la fréquentation du shop et/ou de la boutique en ligne ? Pour continuer à parler de Jo, il a fait quelques parus avec le DIY qu’il a construit dans une cave par exemple, tu penses que ça a joué en faveur du shop ?
J’en entends parler au niveau des kids. Ils kiffent bien voir les photos dans les magazines, et ils m’en parlent quand ils débarquent au shop. Ce qu’il y a de super cool aussi c’est qu’on distribue la plupart des magazines au shop, donc ça permet de communiquer. On file un petit magazine quand le gamin vient chercher sa planche et quand il ouvre le mag il retrouve des riders qu’il va connaître, donc forcément en terme de notoriété et de légitimité ça fonctionne bien.

Est-ce que vous demandez des fois à vos riders de promouvoir le shop via leurs posts Instagram ou Facebook ?
On n’a pas de contrats avec les riders. On leur fait confiance et ils nous font confiance. Forcément on ne file pas de matériel sans avoir de « retour » derrière. On essaie de récupérer du matos au niveau des distributeurs, on essaie de trouver des marques qui collent au rider… mais faut que ça se fasse naturellement. Si c’est pour les obliger il n’y aura pas une bonne entente derrière et ça sert à rien. On leur a laissé les codes pour Instagram et s’ils veulent poster un truc ils peuvent, mais on les oblige pas du tout à faire des contests ou quoi que ce soit… Le minimum c’est juste de mettre un sticker sous une board, éventuellement parler du shop le jour où ils ont une interview. Après on essaie de les faire bouger un maximum. Tu vois par exemple avec le Vans Shop Riot on a gagné un petit chèque : on a mis la moitié de côté pour faire un tour et on a redistribué l’autre moitié entre les riders, le filmer, etc. Ce qu’on garde de côté on le réinvestira derrière. Par exemple en septembre 2016 on a fait un trip à bord d’un voilier avec le team. C’était vraiment pas une tournée de skate classique mais on a voulu appuyer le côté original. Tous les spots qu’on a skaté étaient autour du port, et humainement parlant c’était mortel. Pour souder le team il n’y a rien de mieux.

C’est toujours cool de partir en van avec ses potes alors j’imagine même pas en bateau. Ça doit être encore plus marquant !
Ouais c’est clair ! Jéjé en a fait un petit fanzine d’ailleurs !

Entretien réalisé à Nantes en novembre 2017 par Florian Debray.
Voir aussi Zeropolis (Lille), Official (Toulouse) et WallStreet (Lyon) Vega (Paris), Balargue (Issy-les-Moulineaux) et Silver Bay (St-Brieuc).

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