A PROPOS DE SKATESHOPS – ABS ANNECY

Qu’est-ce qui fait que les vrais skateshops, ceux avec pignon sur rue et un type qui sait qui est Phil Shao derrière le comptoir, se raréfient ? À Annecy, la scène a toujours été hyperactive (elle avait d’ailleurs fait l’objet d’un numéro entier en 2014) et ABS en est le pilier central. Entretien avec Mathieu Anceau, trente ans de skate dans les jambes.

ABS_AnnecyPhoto : Sebastiano Bartoloni

« CE SERAIT TRISTE SI TOUT NE SE PASSAIT QUE SUR INSTAGRAM »

En quelle année a ouvert le shop ?
Mathieu Anceau : En 2001.

Tu y bosses depuis le début, toi ?
Non, au début c’était Sebastiano (Bartoloni) et David (Grataloup). David n’y a pas bossé, il a investit au départ. Aujourd’hui c’est Arnaud Buffet, Quentin Pennet et moi qui y bossons.

Je crois savoir que David est celui qui avait ouvert ABS à Lyon. Donc ABS Annecy c’est une filiale de ABS Lyon ?
Oui, on peut dire ça comme ça.

Tu es arrivé en quelle année ?
En 2006.

Qu’est-ce qui a changé chez ABS Annecy, depuis 2006 ?
Le local est toujours le même. Par contre on a essayé de l’éclaircir, on a mis des meubles plus bas, on a ouvert une porte… On l’a modernisé. Et puis entre le moment où je suis arrivé et aujourd’hui, les marques ont beaucoup changé. Il y avait des marques très présentes d’une manière générale qui soit ne sont plus là ou très peu, comme Volcom ou DC et ont été remplacées par d’autres. Aujourd’hui on a des marques comme Dickies et une multitude de petites marques comme Fucking Awesome, Polar… qui ne sont plus vraiment des petites marques d’ailleurs, mais qui en tous cas ont remplacé un peu les autres… En chaussures, une marque comme Nike est quand-même bien en train de manger les plus petites…

On blâme beaucoup Nike, mais Adidas c’est pareil, non ?
On peut blâmer Adidas aussi, mais on peut aussi blâmer les skateshops qui ont accepté de faire ces marques alors que rien ne les obligeaient… Et on peut aussi blâmer New Balance même si c’est moins important, pourtant c’est la même chose, comme Converse ! Et on fait nous-même toutes ces marques ! Et on l’accepte très bien sans oublier les autres marques d’ailleurs…

Je me souviens qu’il y avait du snowboard, aussi…
Oui, mais ça fait deux ans qu’on a arrêté parce que c’est galère et parce que la personne qui s’en occupait est partie. Du coup c’était de moins en moins cohérent de faire du snowboard d’un point de vue business. On a beau être en bas des montagnes, ce n’est pas intéressant financièrement…

Avant d’arriver chez ABS, est-ce que tu avais déjà bossé dans un skateshop ?
Non, j’ai fait de la bijouterie et de la micro mécanique.

Quand tu as commencé à bosser au shop, est-ce que ça correspondait à l’idée que tu t’étais faite de la vie d’un skateshop ?
Je ne m’étais pas fait de projection. Mais comme j’avais pas mal bossé avant, j’avais des notions de la vie en entreprise, c’est à dire que tu es là pour bosser avant tout, même si c’est dans un milieu que tu connais bien, dans lequel tu t’épanouis plus. Mais ça reste une boite qu’il faut faire tourner…

Quels sont les moments chiants dans la gestion d’un skateshop ?
C’est quand dans la même matinée tu reçois plein de colis, plein de coups de fil, et qu’en plus de ça un gamin demande que tu lui changes un roulement…

Ça va, y’a pire !
Oui, oui, dans la vie du travailleur lambda y’a bien pire, mais dans la vie d’un skateshop c’est ça qui peut être galère. Ou alors, quand tu arrives le matin, que la grille ne s’ouvre pas et que l’ordinateur ne s’allume plus… Mais c’est sûr qu’on n’est pas dans un niveau de stress trop élevé non-plus !

Morin_wallieJulien Morin, wallie, 2014. Photo : Tura

« ON SE DÉMARQUE DANS LE CONSEIL, PARCE QU’ON SKATE TOUS »

Comment ABS se démarque de la concurrence, au niveau local ?
La concurrence n’est pas super importante, on a du bol. Je pense qu’on se démarque dans le conseil, parce qu’on skate tous. Les kids savent qu’on skate, on discute beaucoup avec eux… Et puis s’il y a besoin de changer un roulement, généralement on le fait avec plaisir ; et aussi dans le choix de nos marques. On va bosser avec certaines marques naturellement, on ne va pas vendre une marque parce que c’est la marque du moment. S’il n’y a pas un affect particulier, on s’en fout.

Vous êtes un peu tout seuls à Annecy, j’ai l’impression, non ?
Il y a un magasin qui s’appelle Skateshop 74 sauf qu’il vend aussi du longboard et de la trottinette… Après il y a un Billabong qui vend un peu de skate. On est plutôt bien lotis par rapport à d’autres villes.

Vous n’avez pas de site de vente en ligne ?
Si, c’est Sebastiano qui s’en occupe mais c’est plus une vitrine pour nous.

Comment vous vivez l’arrivée de certains gros shops uniquement en ligne ?
On essaye de vivre sans penser à ça. On est là pour aider les kids à choisir leurs boards. On se dit que notre connaissance et nos conseils peuvent aider à nous démarquer de ces trucs-là.

Quelles sont les boards qui se vendent le plus en ce moment ?
Chez nous ça va être Polar et Fucking Awesome. Et les boards du shop, qui ont un prix intéressant. Mais les kids aiment bien la marque ABS, pas uniquement parce que c’est moins cher.

Les roues ?
On vend bien les Bones, même si c’est les plus chères !

Pour en revenir à Fucking Awesome, la distribution est sélective, tout les shops ne peuvent pas en avoir. Est-ce qu’il y a des marques que vous n’avez jamais réussi à avoir ?
Non, on a toujours réussi à avoir ce qu’on voulait. Mais c’est parce qu’on a toujours réussi à être là au bon moment. Il y a quelques années, avec Fucking Awesome, on s’est tout de suite dit que c’était bien, qu’il fallait faire quelque chose avec. Aujourd’hui certains shop se réveillent et se disent qu’il faudrait le faire, mais ils ne correspondent pas forcément à ce dont la marque a envie… Donc c’est aussi ça, le fait d’y avoir cru dès le départ nous a servi. Et c’est parce qu’on a toujours su qui faisait ça, qui est dans le team, d’où ça vient exactement, ça fait bien 15 ou 20 ans que ça dure, cette histoire de Fucking Awesome !

La fine équipe en 2010

Quels ont été les événements marquants de ces 17 années ?
Les vidéos qu’on a pu faire. Il y a eu quatre vidéos ABS, mais on ne va pas se mentir, les deux premières ont été les plus marquantes. Déjà parce que les vidéos elles-mêmes étaient plus importantes, et les gens se déplaçaient plus facilement aux avant-premières. Pour la première vidéo, on était au moins 300 ou 400 personnes, aujourd’hui ça ne déplace plus les foules comme ça.

Parce que les mecs s’impliquent moins ?
Je pense que d’une manière générale, on ne consomme plus de la même façon les vidéos… En fait, pour la première vidéo, le mec qui était derrière la caméra, Marc Leblanc, s’impliquait beaucoup. Il filme super bien, et il arrivait à bien motiver le team, sachant que certains étaient un peu compliqués à motiver… Il se débrouillait toujours pour que tout le monde ait des images, et faire un truc cohérent. Mais il y a aussi le fait que ces deux dernières années, le team est plus éclaté : il y en a à Paris, à Londres, à Lyon… Donc forcément, pour filmer une vidéo, c’est plus difficile.

Et puis chacun a son petit projet de son côté…
Chacun fait son petit projet de son côté, ce qui est très bien, mais c’est plus compliqué qu’avant. Mais là, on a un pote (Fabien Oudot) qui est sur un projet de vidéo qui sera différent de ce qu’on a pu faire avant, mais qui sera bien affilié à ABS.

Aujourd’hui la promo, ça passe par les réseaux sociaux…
Oui, Instagram c’est marrant à faire, c’est pas compliqué et puis tu vois les retombées assez facilement. Mais on essaye de faire de la promo aussi de manière assez traditionnelle en aidant des évènements ou des contests quand on peut… Il ne faut pas oublier qu’il existe d’autres moyens de communiquer qui ont toujours existé, ce serait triste si tout ne se passait que sur Instagram.

Vous êtes impliqués dans la série de game of skate dans le gymnase, non ?
Il y a une relation super étroite, oui, mais c’est le club qui s’en occupe (Annecy Board Club). Alors il se trouve que certains mecs du club bossent au magasin, que certains membres du club peuvent être sponsorisés par le magasin… C’est Kevin Deschamps qui s’occupe de ça. Mais effectivement, ça ruisselle sur le magasin !

De loin, c’est marrant à regarder.
Oui, le club existe depuis toujours mais il ne se passait pas grand-chose, et depuis qu’il a mis en place ces battles, ça intéresse beaucoup plus de monde. C’est cool, c’est bon enfant !

Mathieu-Anceau-front-board-spirale-1Mathieu, FS boardslide. Photo : Sebastiano Bartonoli

Le contest du mois de septembre a été aussi un évènement marquant, non ?
Oui, bien-sûr, on s’impliquait beaucoup là-dedans, et pour en revenir aux évènements marquants du shop, il y a eu la création de Plus, qui est une extension d’ABS. C’était au départ un magasin pour les filles et puis c’est devenu un magasin de streetwear tenu par Quentin.

Il y aurait un nouveau contest cette année ?
Oui, il y en aura un. C’est le plus gros évènement que le club organise. Mais c’est compliqué de trouver du financement, les marques ne distribuent plus l’argent de la même façon qu’avant, ils font leurs propres évènements, des trucs différents…

Vous êtes en lien étroit avec les autres ABS, à savoir à Lyon et Grenoble ?
Oui, Grenoble a ouvert en 2017, et on est en lien tous les trois.

Vous ne feriez pas une vidéo en commun ?
C’est une bonne idée, ce serait pas mal du tout ! Je sais que Fred (Demard) à Grenoble et son team sont sur une vidéo de leur côté, nous on filme de notre côté… Est-ce qu’on arrivera à faire un truc en commun, c’est une bonne question ! À Lyon ils ont un gros team, ce serait bien, oui !

La vieille tradition des vidéos ABS !
Exactement ! Pour retrouver ça, il faudrait un mec motivé pour motiver tout le monde…

Mais où est le nouveau Fred Mortagne ?
Ah ah ah !

Entretien réalisé à Paris le 20 février 2017.
Voir aussi Zeropolis (Lille), Official (Toulouse) et WallStreet (Lyon) Vega (Paris), Balargue (Issy-les-Moulineaux) et Silver Bay (St-Brieuc), Transfert (Bordeaux) et A la bonne planchette (Nantes).

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