DE PARIS, AUS BERLIN, OF LONDON – A CITY TRIPTYCH

Par Florian Debray
Automne 2017. L’équipe De Paris sort son fameux yearbook, intitulé cette fois « City Triptych », dont l’objectif reste le même depuis la première édition en 2013 : retracer les moments forts de l’actualité skateboardistique de l’année précédente. Mais le concept, pour cette version 2016, a évolué : ce sont désormais trois villes, Paris, Londres et Berlin, qui sont représentées dans le même volume au lieu d’une seule auparavant. En faisant collaborer 58 photographes et 256 skaters pour composer un ouvrage de 365 pages, le défi était de taille.

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Si les précédentes éditions étaient déjà très abouties en matière de conception, celle-ci ne fait pas honte à ses ainées. Les impressions sont de haute fidélité, le papier est épais et agréable au toucher et la couverture rigide en carton/tissu embossé avec le logo De Paris/Of London/Aus Berlin souligne la qualité de fabrication. Au premier abord le livre donne envie d’être lu.

À l’intérieur, la mise en page et les éléments graphiques sont signés Alexis Jamet, graphiste Tourangeau exilé actuellement en Angleterre. La composition générale du livre est aérée, c’est propre et de bon goût. Les différents formats des photos ne perturbent pas la lecture et on apprécie les montages photos qui permettent de varier les plaisirs. Le livre est ponctué tout du long par des illustrations peintes à la main par Alexis, ce qui laisse un peu d’espace à l’œil, bombardé de skateboard page après page. L’association photo/graphisme est réussie et le défi esthétique est relevé. Rien que pour ça le livre mérite qu’on s’y attarde.

Regarder les photos une à une demande de l’attention et la lecture est différente de celle qu’on peut avoir lorsqu’on feuillette un magazine de skate : ici on prend le temps d’observer un travail murement réfléchi et on apprécie une sélection éclectique. Pour ne parler que de la scène parisienne (celle que je connais le mieux), on retrouve effectivement les skateurs qui me semblent avoir été les plus productifs durant l’année, tout comme les photographes qui œuvrent à promouvoir cette scène à travers les autres médias spécialisés. Aussi certaines double-pages introduisent des photos d’ambiance qui sont de bonnes alternatives aux tricks. Qu’elles représentent des vestiges de soirées ou des situations du quotidien (page 216 et 222 par exemple), on est heureux de les trouver ici parce qu’elles permettent de se faire une meilleure idée du « véritable » quotidien des skateurs, ce qui se cache dans les coulisses des parutions. On aurait peut-être aimé en voir un peu plus (sans doute par excès de voyeurisme), même si on est déjà heureux d’avoir accès à ces photos prises à la dérobée.

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Néanmoins, cette édition n’est pas exempte de bémols, qui ne vont en rien gâcher la lecture, mais peuvent la rendre parfois frustrante. S’il y a bien deux choses qui manquent à cette édition, c’est la clarté des informations récoltées ainsi qu’un référencement des spots qui aurait dû être plus rigoureux. Vouloir produire un contenu épuré c’est une chose, mais devoir se référer à un lexique en fin de livre pour trouver les informations skateur/trick/photographe, c’est assommant. Certaines photos manquent de clarté et une simple ligne aurait suffi pour nous éclairer. À force de faire d’incessants aller-retours dans le lexique, on finit par tourner certaines pages sans prendre le temps de réfléchir à ce qu’on vient de voir. Un parti-pris contestable, donc.

En parallèle de ça, aucun texte sur l’ensemble des 365 pages, si ce n’est la préface, nous permet de re-contextualiser certaines situations. Quelques petites anecdotes de sessions, des citations ou des témoignages n’auraient pas été de trop pour illustrer des photos qui, j’en suis sûr, ne manquent pas de bonnes histoires.

Enfin, j’ai pu noter des approximations concernant l’indication de certains spots (je n’ai relevé que les parisiens, ceux que je connais). On se surprend plusieurs fois à se dire « Attends mais ce spot c’est pas du tout à l’endroit indiqué ! »… et au final dénicher les erreurs en devient presque un jeu. Je suppose que la faute vient aussi de ceux qui envoient leurs photos, mais un double-check avec un véritable skate-rat pour s’assurer de la localisation des spots n’aurait pas été de trop.

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Mais cette nouvelle édition reste objectivement incontournable. En plus d’être une réussite esthétique, j’applaudis l’effort mis en œuvre pour documenter le skate européen dans 3 villes, et ça sur une année complète ! À l’heure où le fil de notre vie traverse notre newsfeed Instagram pour ensuite disparaître dans les méandres du web, la démarche entreprise par DeParis est plus que louable, et on est heureux d’être en possession d’un support physique qui nous rappellera de beaux souvenirs d’ici quelques années. Car s’il n’y avait pas ce livre, que nous resterait-il vraiment de cette année 2016 ?

Le lancement officiel aura lieu à Paris ce jeudi 26/10 chez OFR (20 rue Dupetit-Thouars, Paris 3ème) : expo photo, projection de vidéo et bières au programme… Visite gratuite jusqu’au 30/10.

Le livre (et autres potentiels cadeaux de Noël) est déjà disponible sur le site web deparisyearbook.com (45€).

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