JON MINER A PROPOS DE PEACE (LA NOUVELLE VIDEO ELEMENT)

Scroll down for English version
Avant de réaliser certaines vidéo Emerica et cette nouvelle production Element, Jon a été pro. Il est à Paris cette semaine avec une grosse partie du team Element pour l’avant-première européenne de Peace. L’occasion de lui poser quelques questions à ce sujet.

JON_MINER
Photo : Fred Mortagne

Combien de temps as-tu été pro ?
Disons que ça a duré entre six mois et un an, quelque chose comme ça, aux alentours de 2003.

Combien est-ce que ça te rapportait ?
Je n’avais pas de salaire mensuel, juste des royalties sur les ventes de boards. Je crois bien avoir reçu trois chèques mais c’était peut-être que deux. Le premier était de moins de 150 dollars…

Tu étais impliqué dans la marque ?
Oui, je filmais le team. On essayait de faire une vidéo, ça faisait plus d’un an qu’on filmait mais la marque a coulé avant qu’on ait pu la sortir. En réalité, mon job de filmeur pour Emerica est devenu la priorité et je n’arrivais pas à trouver l’équilibre entre le skate et le filming. Donc à un moment je crois que je me suis dis qu’il fallait mieux que je me concentre sur le filming et le montage.

adrenalin-skateboards-jon-miner-2003Adrenalin skateboards, 2003

Tu filmes depuis pratiquement tes débuts en skate, non ?
Oui, juste comme beaucoup de skateurs. Un ami avait eu une caméra et en gros, c’était notre caméra, et on avait commencé à filmer. Un peu plus tard j’ai eu un accident de voiture pour lequel j’ai touché des dommages et intérêts avec lesquels j’ai pu acheter du matériel vidéo : une caméra Hi-8, un fisheye, un écran, et une table de montage de base…

Qu’est-ce qui a changé, aujourd’hui, en terme d’équipement vidéo ?
A l’époque, tout se faisait en « tape to tape »… En fait, je suis allé à l’université un semestre, la dernière année où ils enseignaient cette technique de montage. Tout se faisait en VHS, mais j’ai aussi appris à faire du montage en découpant du Super 8.

La méthode vraiment à l’ancienne !
Oui, et c’est avec ces techniques que j’ai monté les premiers projets vidéo sur lesquels j’ai bossé.

Ensuite tu es passé à la VX ?
Pas avant que je commence à bosser chez Sole Tech (Emerica, Es, Etnies, etc. – NDLR).

Donc toutes ces années, tu filmais en Hi-8 ?
Au départ j’ai eu une Canon A1, la caméra que Jake Rosenberg, Mike Ternaski et tous ces gars avaient utilisé pour filmer les vieilles vidéos Plan B, ou que Dan Wolfe avait pour filmer les vidéos Eastern Exposure… Je me souviens que c’était Nanda Zipp, un skateur pro de cette époque avec qui je skatais qui m’avait conseillé cette caméra. Donc je l’avais achetée et commencé à prendre tout ça un peu plus au sérieux, au moins à essayer de comprendre comment ça marchait vraiment et à trouver des bons angles…

Qu’est-ce qui a changé depuis ?
A l’époque c’était beaucoup plus basique. Tu avais une caméra, un fisheye et du jetais ça dans un sac qui n’était pas forcément un sac-photo, juste un sac-à-dos normal, et on allait skater. Maintenant, il y a tellement de matériel que je voyage avec tout un tas de caméras, des trépieds…

On pourrait imaginer qu’aujourd’hui les choses seraient plus simples pourtant les caméras sont de plus en plus grosses !
Oui, mais ça dépend de ce que tu veux faire, moi je préfère la Panasonic à cause du fisheye. Je pense que le Century Precision Extreme Fisheye est le meilleur sur le marché donc…

Est-ce que tu as une idée de qui, en dehors du skate utilise un fisheye ?
Uniquement des gens qui filment du sport je pense.

Est-ce qu’il y a une différence entre faire une vidéo pour une marque de shoes et une marque de boards ?
Pas vraiment. Je ne pense pas que dans toutes les grosses vidéos que j’ai fait on m’ait demandé de mettre les chaussures en valeur. Et c’est la même chose pour les marques de boards, aucun boss m’a dit : « Tu pourrais zoomer qu’on voit le logo sous la board ! » Enfin, sur les projets sur lesquels j’ai travaillé, ce n’est pas arrivé.

EVAN_SMITH2Evan Smith, BS blunt le 11/10/2018. Photo : Fred Mortagne

Sur le projet Peace, qui a été le plus facile à filmer ?
Le plus facile… C’est une question difficile. Il y a des variables différentes sur la faciliter à filmer avec un skateur. Certains sont si bons qu’ils rentrent leurs tricks très vite mais leur attitude est plus compliquée à gérer. Ou l’inverse, certains sont super cools et ont une approche très détendue mais ça leur prend beaucoup de temps pour faire le trick. Tout le monde est différent donc je ne sais pas vraiment. Je pourrais peut-être dire que filmer avec Evan Smith est plus facile d’une certaine manière parce qu’il est si fort mais son approche est si spontanée que c’est parfois compliqué à saisir mais dans l’ensemble, c’est juste incroyable d’être témoin de ça. J’ai vite compris avec lui qu’il fallait sortir la caméra tout de suite pour ne rien rater.

Pas le genre à faire les tricks deux fois.
Ce n’est pas vraiment le genre à faire ça. On a filmé quelques lignes ensemble qu’on a dû refaire plusieurs fois mais la plupart du temps il rentre ses tricks très vite. Mason Silva lui est plus impliqué dans le filming, il sait ce qui rendra bien en vidéo. Je lui demande parfois, ou l’inverse, ce qu’il en pense (d’un angle – NDLR), et la plupart du temps, on est sur la même longueur d’onde. C’est assez rare, les mecs comme ça. Je trouve que les skateurs de la nouvelle génération sont généralement moins intéressés à tout ça, probablement parce que la video-part n’est plus aussi importante qu’avant à cause des réseaux sociaux et de toutes les autres manières dont sont vues les vidéos aujourd’hui.

Quel trick a pris le plus de temps à filmer pour cette vidéo ?
Hmmm… Je ne sais pas… Le trailer qu’Element a sorti pour annoncer la vidéo a été difficile à faire. Surtout parce que c’était dans un endroit assez dense dans le centre de San Francisco.

Je ne crois pas l’avoir vu. C’était quoi ?
Un trick de Mason Silva, cabalerial sur un street gap. C’est une rue avec pas mal de trafic et on voulait filmer ça d’une manière très précise, et il a fini par perdre patience et à s’enerver à cause de tout ce qu’il se passait autour de lui.

Comment tu gères ce genre de situation quand le skateur s’énerve ?
Là c’était un moment assez spécial parce qu’on savait qu’il y aurait beaucoup de trafic et c’est ce qu’on recherchait. C’était le but, de filmer dans cet environnement, donc quand il a commencé à s’énerver, ça faisait pour moi partie du truc… Il y a eu des moments où les skateurs ont eu ce genre de frustrations et c’est assez horrible à vivre, c’est clair.

En tant que photographe, il m’arrive parfois d’avoir juste envie de partir, quand ça arrive.
Ca m’est arrivé aussi. C’est bizarre parce que pour certains skateurs de chez Element, je n’ai commencé à bosser avec eux il y a seulement un an et demi, la pression est montée très vite. Habituellement tu as plus de temps pour connaître le skateur et developper une certaine intimité.Mon boulot est de structurer cette relation pendant que le skateur pratique son « art ». C’est là que l’emotion finit par arriver et qu’il faut trouver son équilibre, surtout quand on en est encore aux premiers stages de notre relation.

C’est aussi beaucoup d’engagement pour eux…
Oui, j’essaye le mieux possible de laisser les emotions de côté, d’avoir une approche la plus pragmatique possible mais je comprends que ça puisse devenir très intense pour le skateur parce que c’est comme ça qu’il s’exprime. Je suis là pour les aider dans ces moment-là.

Qui a trouvé le nom « Peace » ?
On était plusieurs. Beaucoup de titres ont été proposés et celui-là n’arrêtait pas de revenir. Au départ, je ne l’aimais pas trop parce que j’imaginais que les gens allaient prendre ça comme un truc de hippie…

C’est ce qui m’est venu à l’idée.
Voilà, donc je trouvais ça un peu cliché mais on en a beaucoup parlé et je suis même allé jusqu’à taper ça dans Google pour trouver d’autres interpretations. J’ai trouvé une citation qu’on a fini par utiliser dans la vidéo : « peace is a certain quality of existence which has been sought after, yet seldom found in a long enduring form… » En gros, la paix est une sensation, un moment de relâchement…

Comme quand tu rentres un trick…
Oui, c’était un lien assez évident avec le skate dans un sens mais j’aimais bien avoir un truc qui soit libre d’interprétation, que tout le monde ait sa propre idée. J’aime bien imaginer que pour Jake Phelps par exemple, « peace » soir pour lui une chanson des Ramones dans sa tête pendant qu’il fait un downhill !

Et pour toi ?
Je n’ai pas vraiment trouvé la paix dans ce projet ! Le titre est assez ironique. J’espère que je la trouverai un jour.

Entretien effectué à Paris le 11 octobre 2018.

______________________________________

Before filming for Emerica and this new Element production, Jon was a pro skater. He’s around in Paris this week along with the Element team for the screening of Peace. Right time to sit and ask him a few questions.

How long did you pro career last ?
Let’s say 6 months to a year, somewhere between that, around 2003.

How much money would you make as a pro ?
I didn’t have a guarantee every month, I just got royalties for board sales. It might have been 3 checks but I think it was 2. So the first check was between a hundred and a hundred and 50 dollars…

Were you involved in any way in the company ?
Yeah, with filming the team. We were trying to make a video and we had been filming for a year or so, but the company went out of business before we got to run it. The reality of the situation is my job, working for Emerica, just became a priority. And I just couldn’t figure out a way to balance skateboarding and filming and editing videos. And at a certain point I think I just kinda shifted my focus more towards filming and editing.

So you’ve been filming since day one, pretty much ?
Yep, just like a lot of skaters get into it. A friend of mine got a video camera and basically, that felt like it was our camera and started filming. And then I got in a car accident and got a settlement out of it, so I used some of that money to buy video equipment, I bought an Hi-8 camera, a fisheye lens, a TV and a basic video mixer, a couple of Hi-8 decks…

Equipment wise, what’s different now ?
Well back then, everything was tape to tape… I actually went to college for one semester, and it was the last year that they taught analog editing! Everything was VHS tape to tape. It was a video and film class so they taught everything about editing and slicing Super 8 too.

You learned the old fashion way. 
Yeah, so the few of the early projects that I worked on were tape to tape.

Then you switched to VX ?
I didn’t switch to VX until I started working for Sole Tech.

So you would film Hi-8 all these years until then ?
At first I got a Canon A1, the camera that Jake Rosenberg and Mike Ternaski and those guys would use that to film the old Plan B videos. Dan Wolfe used it for the Eastern Exposure videos… I remember at the time, I was skating with a pro skater named Nanda Zipp who actually recommended that I should use this camera. So I got that and I started to take this more seriously, like actually trying to figure out how the camera would work and getting good shots, just trying to learn how to film…

How has the process of filming changed over the years ?
Back then, it was just more basic. You just had one camera, a fisheye, and throw it in a bag that wasn’t necessarily a camera bag, just a backpack, and go out and skate. But I mean over the years, there is so much more camera equipment available and now I’m traveling with multiple cameras, tripods…

One would think within time things would get easier but they don’t! Look at the sizes of cameras, instead of getting smaller they get bigger!
Yeah, I guess there are different directions you can go in with that, but I prefer the Panasonic camera because of the fisheye. Century precision extreme fisheye, I think it’s the best fisheye available on the market so…

Do you know any other use of the fisheye besides skateboarding ?
Only people that are shooting sports.

Is there a difference between making a video for a board company and a shoe company ?
Not really. No, I don’t think that as far as making a actual feature length skate video or whatever that is, I’ve never had a mandate to focus on the footwear. And it’s the same with a board company, it’s not like I have a boss that will say : « make sure to zoom in on the board graphic ». At least not for the projects that I’ve worked on.

So, on this project, who’s been the easiest to film ?
The easiest… That’s a complicated question. There’s different variables of what makes a skater easy to work with. Some skaters are talented and land tricks quickly but maybe their attitude is more challenging to deal with. Or vice-versa, skaters that are very easy going and have a very laid back approach and great personality but it takes them more time to land their tricks. Everybody’s kind of different in that way. So I don’t know if I could call it the easiest to film but Evan Smith is so talented, and has such a spontaneous approach, that can be challenging to document sometimes but overall it’s actually pretty amazing to witness. Early on I realized that to capture him I just had to take the video camera out right away.

He wouldn’t do the tricks 2 times.
He’s not the type of skater who would do that too much. We filmed some lines together where we had to do this a few times but for the most part he lands his tricks pretty quickly. Somebody like Mason Silva is much more involved in the process of filming where he has an eye for what looks good. I would ask him or he would ask me what I’m thinking (on an angle – EN) and usually we’re on the same page. He’s rare in that way. I think skaters of the new generation are less involved in that process, in general, because of the nature of social media and all those different outlet for releasing video content, I think the video part isn’t as important to them as it used to be. I think it’s important to them but I don’t think it is in everything.

What trick took the longest or was the hardest to film ?
Hmm… I don’t know! The trailer that Element released announcing Peace was challenging. Just because we were shooting in such a crowded area in downtown San Francisco.

I might haven’t seen that. What is it ?
It’s a trick of Mason Silva doing a cabalerial over a street gap. It was busy, a lot of traffic and we were trying to shoot it in a very specific way so yeah, he started losing his patience and becoming frustrated because there were so many distractions in that setting.

How do you deal with skaters just losing it on the spot and you’re just there feeling like leaving ?
Well that was a unique situation because we were trying to kind of create a video piece in that type of setting: skating in the middle of traffic and people. That was the goal, filming trick in the middle of that chaos. So for me when he was getting frustrated, I knew it was gonna be part of the process… There’s been other times when skaters are getting frustrated and it sucks, straight up.

As a photographer, sometimes I feel just like leaving the spot. 
I’ve felt that a couple times. It’s weird because for some of these skaters on Element, I only started working with them a year and a half ago and we jumped straight into a very high pressure, intense filming scenario. Usually through the process you have more time to become closer with the skater and develop more of an intimate connection. So It’s my job to bring structure to what we’re creating while for the skater it’s their art. That’s when emotion gets involved and that can be a delicate balance, especially when we’re all still in the early stages of getting to know one another.

And that’s also big commitments for them. 
Yeah, I try to leave the emotion out it as much as I can, I try to approach it in a very pragmatic way, but I understand that for the skaters and what they’re doing it’s an expression and it’s emotional. And it’s my job to just be there and support them through that.

Who came up with the name Peace ?
A few of us. There were a bunch of different names that were threw around, and it just kept coming back to Peace. Speaking for myself, initially, I didn’t love it. People were gonna take it as a cliché or a generic interpretation of some kind of seventies-like psychadelic/peace/love/rainbows…

That’s what came to me!
Exactly, so that seemed cliché but we talked about it a little bit more in depth and I remember at some point I just googled peace to get some different interpretations. I found a quote that we ended up using in the video « peace is a certain quality of existence which has been sought after, yet seldom found in a long enduring form… ». So basically Peace is a feeling, it’s a moment in time, a fleeting moment…

Like when you land a trick…
Yeah, so that was an obvious connection to skateboarding in that way but I liked the idea to have something that’s open to interpretation, like everybody has their own version of what that is. I imagine that for someone like Jake Phelps, peace is some Ramones song playing in his head while bombing a hill!

What’s your peace ?
I haven’t found peace with this project! The title for me is very ironic. Hopefully I’ll find it someday.

Donnez votre avis

*