LA CHRONIQUE DE LA SEMAINE

Il y a un an à peine, comme on en discutait avec Pierre-André Sénizergues, le sujet du réchauffement climatique n’intéressait pas grand monde. Et puis soudain, après quelques cyclones et quelques canicules remontés jusqu’aux pays ‘riches’, l’écologie a envahi l’espace médiatique. Pourtant, dans le skate, qui se vante bien souvent d’être à l’origine de tout un tas de trucs, le sujet n’est jamais abordé. Forcément, quand tout le business est basé sur des planches en bois du Canada exporté en Chine ou au Mexique pour ensuite atterrir dans tous les shops du monde, on comprend pourquoi le skate est resté silencieux sur le terrain du développement durable. Alors par où commencer ?

Julien_BSollie_Nimes2013Julien Bénoliel, ollie long-courrier, chez Choup, 2013

Voici une piste.

A l’instar du surf, et aussi lourdingue que ce qui suit va sonner, l’esprit du skate est basé sur la recherche perpétuelle de nouveaux spots, pour de nouvelles sensations mais aussi pour produire de nouvelles images venant alimenter les comptes Youtube, Instagram et autres des pros et des marques, et par extension les pages des magazines. Pour produire ces images, il faut bien souvent aller loin, en avion. Si on a toujours parlé de la pollution générée par la voiture, celle inodore du trafic aérien a longtemps été ignorée, jusqu’à ce que, récemment, certains décident d’arrêter de se voiler la face, de faire des propositions concrètes et que le hashtag #flygskam apparaisse.

Si des différentes études se contredisent sur lequel du transport automobile ou aérien pollue le plus au kilomètre, le fait est qu’on effectue beaucoup, beaucoup, beaucoup plus de kilomètres en avion…

Parce que tous ces voyages ne sont pas indispensables, il va falloir arrêter les conneries. Ouais, les voyages forment la jeunesse mais quand c’est au détriment de la planète et au bénéfice de gens ou de marques pour qui le futur est si incertain qu’il faut à tout prix se faire un max de pognon tout de suite, l’adage perd tout son sens.

A force de se faire payer des billets d’avion, les pro-skaters ont tous une empreinte carbone démesurée. Les photographes, filmeurs et autres team-managers qui les accompagnent aussi. Alors commençons par ça, par nous-mêmes. Un flip fera toujours plus rêver au Sri Lanka qu’en Seine-Saint-Denis, mais en sera-t’il toujours plus beau ?

Avec des comptes Instagram garnis de dizaines de milliers, voire de millions de followers, les skaters pro ont une influence, une responsabilité que peu de gens peuvent avoir. Qu’ils montrent l’exemple en limitant leurs déplacements en avion et en trouvant des moyens plus raisonnables de faire leur promo (puisque c’est ça, le job de pro-skateur). Et rappelons qu’à peine 10% des gens dans le monde prennent l’avion au moins une fois par an… Alors avec un aller-retour chaque année, même si ce serait encore trop, ça n’enlèverait rien de leur statut de privilégiés…

Le monde a changé, le skate avec. Il est temps d’arrêter de croire que tout ira bien sans rien faire. Limiter ses déplacements en avion n’est qu’un début de « solution » parmi beaucoup d’autres, comme acheter local par exemple. L’Europe compte un certain nombre de presses capables de produire des boards de même qualité que celles fabriquées en Chine ou ailleurs. On en reparle…

SkateMentalSkate Mental

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Pour ceux qui s’apprêtent à me dire une nouvelle fois que je crache dans la soupe, oui, j’en ai bien profité à une époque mais je n’ai plus quitté l’Europe depuis 2004 et je ne m’autorise plus qu’un vol aller retour par an (ce qui est encore trop, j’y travaille…) depuis la même année. On est en 2019 et l’urgence est là, on a tous fait des conneries, il est temps d’en prendre conscience et d’agir en conséquence. Pour les autres qui me colleront l’étiquette de donneur de leçon, je l’assumerai bien volontiers, si ça peut faire avancer les choses… Et pour les économistes de haut vol qui diront que tout ça risque de faire disparaître des tas d’emplois, je répondrai que les emplois disparaissent dans tous les cas, au bénéfice des actionnaires…

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