THE HATERS ISSUE – INTRO

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Je suis un hater. C’est du moins ce que j’ai entendu dire à mon sujet, l’autre jour. Si me faire traiter de fils de pute ou de fouille-merde ne me dérange absolument pas, me faire traiter ouvertement de hater était une première et je dois bien avouer que je l’ai mal pris. Serais-je devenu, l’âge aidant, aussi intolérant que ces types qui détestent tout juste par principe et pour le plaisir de se faire détester à leur tour ? Pourtant j’ai l’impression d’avoir toujours eu un discours un peu plus constructif. J’en suis donc venu à me poser tout un tas de questions sur moi-même (ce qui est au passage toujours une bonne chose) dont les réponses ne dépendaient finalement que de la définition précise du terme « hater ». Donc, c’est quoi, un hater ?

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La haine est un sentiment extrême qui pousse parfois des types cinglés au meurtre, juste parce qu’ils ne supportent pas de vivre dans l’idée que certains aient des opinions radicalement différentes des leurs. Pourtant, les types qui mitraillent d’autres types dans des écoles ou des salles de concert ne sont jamais qualifiés de haters. Le hater serait-il donc simplement un psychopathe assez malin pour ne pas systématiquement zigouiller tous ceux qu’il déteste, et ainsi pouvoir continuer à diffuser sa haine (le plus souvent sur le web) sans jamais être rattrapé par la justice ?

« POUR MOI, LES RELATIONS HUMAINES NE SE RÉSUMENT PAS À UNE ÉQUATION BINAIRE LOVE/HATE »

La première chose à faire était donc de demander à celui qui m’avait ainsi qualifié sa définition du mot hater. Car pour moi, les relations humaines ne se résument pas à une équation binaire LOVE/HATE. Entre ces deux extrêmes, il y a toute une échelle de sentiments dont le pilier central est l’indifférence d’où je pensais ne jamais trop m’éloigner. Je lui ai donc envoyé un mail et voici la réponse que j’ai reçue quelques heures plus tard : « c’est une expression générique que j’utilise régulièrement pour décrire une personne qui ne met pas vraiment de filtre dans ses propos… Cela n’a rien de vraiment super négatif à mes yeux surtout quand c’est fait avec un peu de tact. » Ah ! Rien à voir avec ce que je m’étais donc imaginé. Même si je ne suis pas d’accord avec cette définition, si l’on s’en tient à ça, alors il semblerait que je sois un hater, puisqu’avoir un esprit critique et une certaine franchise (le filtre) ferait de moi un hater. Mais que vient faire la haine là-dedans ?

En fait, le problème vient du fait que les anglo-saxons, en particulier les Américains, ont la fâcheuse tendance à utiliser des superlatifs pour des choses qui n’ont rien d’exceptionnel et à systématiquement tomber dans les extrêmes. La critique étant pour eux contre-productive, les dissidents sont ainsi qualifiés de haters alors qu’ils ne font que proposer une alternative.

Le mieux était donc de leur poser directement la question. Michael Sieben, rédacteur et illustrateur pour Thrasher, connu pour ne pas avoir la langue dans sa poche sait de quoi il parle. Sa définition tient en une phrase : « Pour moi, un hater est quelqu’un qui ne se concentre que sur les aspects négatifs de quelque chose au lieu de se concentrer sur ses aspects positifs. » Rien à voir non plus avec la haine. On serait plus ici dans un concept communément appelé « la connerie », à ne surtout pas confondre avec « la critique ».

SLSEt si l’on s’en tient aussi à ça, je serais également un con.

Forcément, je ne me suis pas contenté de cette explication et j’ai aussi posé la question à Dave Carnie, qui m’a répondu en deux temps, d’abord sur les superlatifs : « Les Américains ont un problème d’échelle de valeurs que j’aime bien comparer à un match de foot : soit tu es pour, soit tu es contre. Donc c’est soit « totally awesome » ou c’est « fucking sucks die ». C’est d’ailleurs un peu comme ça qu’on pourrait qualifier les gens de droite dans ce pays : soit tu es avec eux, soit tu es contre eux, et si tu es contre, alors il semblerait que tu doives mourir (et malheureusement, c’est ce qu’il va se passer si certains tiennent leurs promesses). » Et aux sujet des haters, il précise : « pour eux, il n’y a qu’une seule manière de considérer les choses : la leur. [...] Leur manque d’éducation fait qu’ils n’ont jamais développé la capacité de réfléchir objectivement à certaines choses. » S’en suivait une longue tirade dont je vous épargne les grandes lignes, mais qui terminait par : « but, hey, America is AWESOME. USA ! USA ! USA ! ».

Vive l’Amérique, donc, mais revenons en France. Un type surnommé « Marre de vivre » (qui n’a cependant jamais cherché à cacher sa véritable identité – Nicolas Levet) incarne à mon avis mieux que moi le profil du hater, tel qu’on l’entend ici. Son blog s’intitulait hainehainehaine.blogspot.com et passait à la moulinette tout ce qui méritait, selon lui (et ses quelques acolytes), d’être détruit. « Ma définition du hater, ça doit être l’équivalent en français du « rageux », qui passerait donc son temps à « rager » contre les autres. À l’époque du blog, je me faisais traiter de rageux à tous les commentaires mais je n’ai jamais pris ça comme une insulte. [...] En fait, dès que tu critiques quoi que ce soit, il y a toujours un beauf pour te traiter de hater, comme si tout était beau et tout le monde était gentil. Si tu ne critiques rien et que tu ne remets rien en question, le monde n’évoluera jamais. »

En bon philosophe, Nicolas ne manquait pas de citer Zola à la fin de son mail : « La haine est sainte. Elle est l’indignation des cœurs forts et puissants, le dédain militant de ceux que fâchent la médiocrité et la sottise. Haïr c’est aimer, c’est sentir son âme chaude et généreuse, c’est vivre largement du mépris des choses honteuses et bêtes. La haine soulage, la haine fait justice, la haine grandit. »

Si on résume donc tout ça et si j’ai bien compris, pour les Américains, être un hater serait être un imbécile, mais pour les Français, ce serait presque une qualité. Et vu que je suis Français, j’ai bon espoir que la haine que je diffuse soit positive, au risque de me faire quelques ennemis au passage…

Publié dans A Propos #19. Illustration : Jon Horner

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I’m a hater. Well at least that’s what someone told me the other day. Being called a son of a bitch doesn’t bother me at all, but being told I’m a hater was a first for me, and I didn’t like it. Have I become, getting old, as intolerant as these people who hate on everything just because they can, and to be hated themselves? Though I always felt like I was a bit more constructive than that. So I started asking myself a lot of questions about me (which, by the way, is always good) where all the answers would depend on the definition people have of a hater. So, what’s a hater ?

Hate is an extreme feeling that sometimes leads crazy people to murder, just because they can’t stand living with the idea of someone having radically opposite opinions. Still, people that shoot kids in schools or concert halls are never called haters. So should a hater only be a psychopath, smart enough to not shoot everyone that he hates, so he can keep on hating (mostly online) without ever being caught by justice ?

The first thing I did was to ask the person who told me I’m a hater what his definition of it was. For me, human relationships are not only about love and hate. Between these extremes, there are infinite levels of feelings where the kingpin is indifference, from where I thought I’d never travel to far. So I sent him an email, and here’s the answer I got a couple hours later: « it’s just an expression that I use to describe someone who doesn’t really filter what he says… It’s not necessarily that negative to me especially when it is said with some diplomacy. » Ah ! Radically different than what I thought, even though I don’t agree with that definition. If I’d agreed, then I’d be a hater because criticizing and having no filter would turn me into one. But what about true hate, the one that never uses diplomacy ?

It seems like the confusion comes from the English-speaking, mostly Americans, who use superlatives for things that are most of the time pretty common, and systematically fall into extremes. Criticism being counter-productive for them, dissidents are then called haters when they only offer an alternative.

So, the best thing to do was to ask them (ze Americans) the question. Michael Sieben, editor and illustrator for Thrasher is known for being straight speaking. He knows what he’s talking about. His definition is short: « For me, a hater is someone who only sees the negative aspects of something instead of the positive aspects. » Nothing to do with hate. This is most likely called being stupid, not being critical.

And if this definition was the right one, then I’d be an asshole.

LOVE

Of course, I wasn’t satisfied and asked the question to Dave Carnie, who answered me first about superlatives : « Americans have a problem with gradation and subtlety. I liken America to a football game: you’re either for it, or your against it. And it’s either totally AWESOME or it totally FUCKING SUCKS DIE. It’s kind of a defining feature of our right wing conservative nutjob population: if you’re not on their team and for these things, then, yeah, you should fucking die (and unfortunately they’re beginning to make good on their promises). » And about haters: « to them, there is only one way to look at these subjects and institutions, and it’s THEIR WAY. I think it has a lot to do with education. They’re uneducated so they never developed the ability to think critically about something. » After that came a long text that wouldn’t fit in here but that would end by: « but, hey, America is AWESOME. USA! USA! USA! »

Long live America, but let’s get back to France, where a guy called Nicolas Levet, who had the nickname « Marre de vivre » (« sick of living »), embodies the perfect hater way better than I do. He had a blog called hatehatehate.blogspot.com and would destroy anything that he and his friends thought deserved to be crushed. « My definition of a hater is someone who’s so angry he’s spending his time being angry at other people. Back when I’d do the blog, I was called angry on every comment but I never took it as an insult. [...] Actually just when you start criticizing anything, there’s always a jock to call you a hater, as if everything was great and everyone nice. If you don’t criticize or challenge anything, the world will never evolve. »

The great philosopher that he is, Nicolas didn’t forget to quote Emile Zola at the end of his email : « Hate is holy. It is the indignation of strong and powerful hearts, the militant disdain of those who are angry with mediocrity and stupidity. To hate is to love, to feel his warm and generous soul is to live largely from contempt for shameful and stupid things. Hate relieves, hatred does justice, hatred grows. »

And so to sum things up. For an American, being a hater is being an asshole, but for the French, it’s almost a quality. And since I’m French, I hope that the hate that I spread is positive, even though I may earn new enemies each time I criticize something…

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